LES DROGUES A TANINS
I-
GENERALITES
1. DEFINITION
Les tanins sont
des substances polyphénoliques de structure variée, de saveur astringente,
ayant en commun la propriété de tanner la peau fraiche c.-à-d. de la
rendre imputrescible (cuir) ; cette propriété est due à leur
capacité de se combiner avec les protéines (notamment
les fibres de collagènes).
Leur poids
moléculaire est compris entre 500 et 3000.
2. ETAT
NATUREL ET REPARTITION
- Les tanins, très
répandus dans le règne végétal sont particulièrement abondants chez certaines
familles : Cupilifèrs, Rosaceae, Myrtaceae,Polygonaceae, Rubiaceae, Fabaceae.
- Ils peuvent
exister dans divers organes :
o
racines ou rhizomes,
o
écorce
(Chêne),
o
bois
(Acacia).
-ils s’accumulent
dans les écorces âgées et les tissus d’origine pathologique (Galles).
- On les rencontre
dans les vacuoles des cellules, souvent combinés à d’autres substances (alcaloïdes,
protéines).
- Leur teneur peut
être très élevée : 50% à 70% dans les noix de galles, 20% dans les péricarpes
du noyer.
3. CONSTITUTION
CHIMIQUE ET CLASSIFICATION
Leur structure
chimique est particulièrement variable, mais comporte toujours une partie polyphénolique
;
Il existe deux
catégories de tanins, d'origine biosynthétiques différentes :
-
les
tanins hydrolysables
-
les
tanins condensés
3.1. Les
tanins hydrolysables (les tanins pyrrogalliques)
Ce sont des polyesters de glucides et d’acides-phénols.
Ils sont facilement scindés -par les acides ou les enzymes- en oses et en un acide-phénol :
- l’ose est
généralement un glucose.
- selon la nature
de l’acide-phénol on distingue :
o
les
tanins galliques (gallo-tanins) dont
l’acide ésterifiant est l’acide gallique
o
les tanins ellagiques (ellagitanins) dont l’acide estérifiant est l’acide hexahydroxydiphénique (HHDP) ou ses dérivés comme
l’acide chébulique ou l’acide éllagique.
L’acide gallique dérive de l’acide shikimique soit :
-
Par l’intermédiaire
de l’acide déhydroshikimique.
-
Soit à partir des dérivés du phénylpropane
(par dégradation oxydative de la chaine en C3).
Ils différent fondamentalement des tanins galliques et ellagiques
:
- Leur structure est
voisine de celle des flavonoïdes.
- Ils ne possèdent pas des
sucres dans leurs molécules.
- Non hydrolysable, ils
ont, au contraire, tendance à se polymériser (spécialement en solution acides
concentrés ou par action d’agents oxydants) pour donner des produits de
coloration rouge ou brune nommés phlobaphènes
Les tanins condensés sont des oligomères flavanniques ; leur poids moléculaire est
compris entre 500 et 3000.Ils sont formés de 2 ou plusieurs molécules de flavan-3-ols
(catéchol ou catéchine) et/ou de flavan-3,4-diols liées
entre elles par des liaisons carbone-carbone en C4-C8 ou C4-C6 (proanthocyanidols).
Ils peuvent aussi résulter de l’union de ces deux types de
molécules.
On rattache les
tanins aux flavonoïdes au sens large ; leur biogénèse est identique.
Le catéchol (monomère) ne possède les propriétés tannantes :
ce n’est pas un tanin.
Les proanthocyanidols
ne sont jamais sous forme de monomère : au minimum 2 unités
condensées.
2.
PROPRIETES PHYSICOCHIMIQUES
Les tanins sont généralement des corps amorphes, soluble dans
l’eau chaude (solutions colloïdales), dans l’alcool et l’acétone, insolubles
dans les solvants organiques apolaires.
-
Les tanins sont précipités par de nombreux
réactifs
o
Avec les sels de métaux lourds : fer,
zinc, plomb, cuivre.
Avec les sels ferriques, on obtient des précipités colorés
différemment selon la nature des tanins :
§ Bleu noirs avec les tanins
hydrolysables
§ Brun vert avec les tanins
condensés
o
Avec l’eau de chaux, la baryte, le tungstate
de sodium
o
les protéines en général (poudre de peau,
gélatine, albumine)
o
avec les alcaloïdes (contre-poisons)
o
avec le réactif de Stiasny ou formol chlorhydrique (tanins condensés uniquement).
-
Les tanins possèdent des propriétés
réductrices vis-à-vis des acides phosphotungstique, phosphomolybdique, de
ferricyanure ferrique…
-
Les tanins catéchiques ont tendance à se
polymériser spécialement en solution acide concentrée ou par l’action d’agents
oxydants.
3.
EXTRACTION-CARACTERISATION-DOSAGE
3.1.
Extraction
On extrait les tanins par des un mélange eau-acétone ; (rendement
maximal avec les tissus frais ou conservés par lyophilisation ou congélation)
-
ensuite, distillation pour l’élimination de
l’acétone
-
Purification de la solution extractive par le
dichlorométhane (élimination des pigments et des lipides)
-
Extraction des proanthocyanidols dimères et
des tanins galliques par l’acétate d’éthyle.
3.2.
Caractérisation
-
Les colorations par le chlorure ferrique et
l’acide phosphotungtiques sont utilisées pour la détection des tanins à partir
des solutions extractives (infusé 10%) ou après chromatographie sur couche
mince.
-
La différenciation entre tanins galliques et
tanins catéchiques est effectuée par addition du réactif de Stiasny à l’infusé
de la drogue.
-
Les tanins galliques : donnent une
coloration rose avec l’iodate de potassium.
-
Les tanins ellagiques : sont colorés par
l’acide nitreux en milieu acétique (rose, pourpre puis bleu)
-
Les tanins condensés : sont colorés en
rouge par la vanilline chlorhydrique.
Leur réaction fondamentale d'identité est la réaction de BATE SMITH. Le chauffage des tanins
condensés en milieu acide libère des anthocyanes de couleur rouge (précipité
soluble dans l’alcool amylique).
Les tanins hydrolysables en milieu acide et à chaud sont
hydrolysés en ose et acide gallique ou éllagique
3.3.
Dosage
Il existe différentes méthodes pour le dosage des tannins :
-
Dosage colorimétrique : met en
profit la réduction du réactif phosphotungtique par les tanins : la
coloration bleue est évaluée par colorimétrie par rapport à un témoin.
-
Dosage biologique : basé sur
l'aptitude des tannins à se combiner et à précipiter les protéines tel que
l’hémoglobine et sérum albumine bovine (SAB)
-
Dosage pondéral qui est basé sur
la précipitation des tannins par la poudre de peau chromée (pas très précis- un
intérêt historique).
-
Dosage volumétrique : oxydation des
tanins par des solutions titrées de permanganate ou de bichromate de potassium
dont on titre l’excès.
4.
ACTION PHYSIOLOGIQUES ET EMPLOIS
Leurs propriétés biologiques découlent essentiellement de leur
capacité à former des complexes avec les macromolécules :
-
Action astringente, Action anti diarrhéique ;
Propriétés « vitaminiques P » ou veinotonique.
-
Propriétés antimicrobiennes, antivirales,
antifongique et hypoglycémiantes
-
Inhibiteurs enzymatiques : Inhibition de
la 5-lipooxygénase, l’enzyme de conversion de l’angiotensine, protéines kinase
-
de bons contre-poisons des alcaloïdes et
métaux lourds.
Leurs emplois sont divers :
-
Ils sont employés en pharmacie comme
vasoconstricteur et protecteur veineux dans le traitement des varices et des
hémorroïdes.
-
Ils sont utilisés en cosmétologie sous forme
de lotion (astringent)
-
Ils sont également employés dans l’industrie
du cuir, des vernis, des peintures…
B/
PRINCIPALES DROGUES A TANINS
Un certains nombres de drogues sont utilisées pour leur richesse
en tanins :
- en nature (tisanes) ;
- ou sous formes galéniques : extraits, teintures ;
- ou pour extraire des tanins.
1.
Plantes
à tanins utilisées sous formes de préparations galéniques
a. HAMAMELIS :
Hamamelis
virginiana ; Hamamélidaceae
Drogue : feuilles et écorces
La feuille renferme un faible pourcentage d’essence, une résine et
surtout des composés phénoliques :
-
Acides-phénols (ac.caféique, ac.gallique)
-
Des hétérosides flavoniques (glucosides de
flavonols)
-
Des tanins galliques 5-10% représenté par l’hamamelitanin (dieser d’acide gallique et
d’hamamélose).
-
Des tanins
condensés en faible quantité.
L’écorce du tronc contient des tanins condensés et des tanins
galliques. La majorité de l’hamamélitanin serait présente dans les écorces
Grace à leurs propriétés astringente, antimicrobienne et
vitaminique P, les feuilles d’hamamélis sont utilisées en pharmacie sous forme
d’extraits, eau distillée ou teinture surtout dans les affections veineuses.
Les feuilles et les écorces sont très utilisées en cosmétologie
sous forme de lotion astringente.
b.
SALICAIRE : Lythrum salicaria ; Lythraceae
Drogue : sommités fleuries, jusqu’à 10% de tanins galliques.
Le décocté et l’extrait fluide sont utilisés comme anti -diarrhéique
chez le nourrisson et en médecine vétérinaire
La drogue est préconisée dans les ulcères variqueux.
c.
RATHANIA du
Pérou : Krameria triandra ; Legumineuses
Drogue : racine ;
Elle renferme 10-15% de tanins catéchiques constitués de catéchol
plus ou moins polymérisé.
Elle possède des propriétés astringentes et anti diarrhéique
On l’utilise pour la préparation de teinture ou d’extrais qui
rentrent dans la composition de différentes spécialités (suppositoire,
pommades).
d.
PIN
MARITIME : Pinus pinaster , Pinaceae.
Drogue : écorce.
Composition
chimique
: oligomères proanthocyanidolique (procyanidols dimères).
Emploi : traitement des
symptômes en rapport avec l’insuffisance veino-lymphatique.
e.
AUBEPINE
: Crataegus monogyna, Rosaceae.
Arbustes épineux communs dans presque toutes les zones tempérées
de l’hémisphère nord.
Drogue : baie (pseudo-fruit), fleurs et feuille
Composition
chimique
: procyanidols dimères, trimères et tetramères
Emploi :
- Utilisé dans les troubles de l’éréthisme cardiaque.
- Réduit la nervosité et le stress.
2.
Plantes
utilisées pour l’extraction de tanins
a.
CHENE A GALLE : Quercus lusitania var.infectoria ; Cupulifères
Drogue : noix de galle
Arbuste du bassin méditerranéen ; les galles sont des tumeurs
des bourgeons provoquées par la piqure d’un insecte (Cynips gallae infectoriae)
Elle contient 60 à 70% de tanins galliques.
Elles servent à l’extraction du tanin officinal dit « tanin à ether ».
b.
ACACIA A CACHOU : Acacia catechu ; Légumineuses-Mimoseae
Drogue : cachou
Le bois de cet arbre asiatique, fournit après décoction et
évaporation un extrait sec = cachou.
Il renferme 20 à 40% de catéchol et tanins catéchiques
Utilisé dans de nombreuses préparations pharmaceutiques, cosmétiques
et alimentaires.
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